Projet de loi sur la modification du statut juridique des personnes souffrant de troubles de l'identité de genre
L'objectif premier de ce projet de loi est de
mettre fin à la situation d'exclusion
dans laquelle se trouvent souvent les personnes souffrant de troubles d'identité de genre. L’absence de toute législation à cet égard met ces
personnes dont l'état a été reconnu par le corps médical et présentant une
apparence physique opposée à celle de leur sexe de naissance dans
l'impossibilité de justifier d’une identité conforme à leur apparence physique
et à leur sexe psychologique, ce qui constitue une atteinte intolérable à leur
droit au respect de la vie privée. La simple présentation d’une pièce
d’identité ou la communication du numéro d'immatriculation à la Sécurité
sociale révèle clairement l'état de transsexualité
de leur possesseur. La Cour européenne des Droits
de l’Homme, s'appuyant sur une analyse purement factuelle et les caractéristiques du droit français (la
rectification de l’état civil, à savoir la mention des prénoms et du sexe sur
de nombreux documents, le numéro d’identification INSEE, n'est possible que sur
production d'une décision judiciaire.) a jugé dans sa décision Botella c/.
France du 25 mars 1992 que : « le droit français, en exigeant une
révélation constante de son sexe officiel, plaçait quotidiennement la
requérante dans une situation globale incompatible avec le respect dû à sa vie
privée »;
- l’impossibilité faite à une personne
transsexuelle d’obtenir la rectification de son état civil constitue une
violation de son droit au respect de la vie privée garanti par l’article 8 de
la Convention Européenne des Droits de l'homme;
La jurisprudence de la cour de cassation née de
la décision de la Cour Européenne des Droits de l'Homme de Strasbourg du 25
mars 1992 est loin de permettre une égalité de traitement ainsi que
la HALDE l'a constaté dans sa délibération
n° 2008-190 du 15 septembre 2008 :
« L’examen de la jurisprudence relative
aux demandes de changement d’état civil des personnes transsexuelles révèle,
selon les juridictions, une disparité de traitement dans l’analyse des cas et
notamment sur le recours à un expert judiciaire pour établir la réalité d’un
syndrome transsexuel.. il semble que les décisions des tribunaux ne se
fondent pas toujours sur les mêmes principes pour reconnaître le changement
d’orientation, entraînant des distorsions ».
Compte tenu de la durée d'une transition, bien
souvent plusieurs années, il est urgent et indispensable de mettre en place une
législation qui permette aux
personnes concernées par les troubles de l'identité de genre d’avoir la
possibilité de disposer de documents administratif (identité, circulation et
sécurité sociale qui soient conformes à leurs apparence physique et sexe
psychologique aux fins de prévenir les actes d’exclusion et de discrimination
dont ces personnes font très fréquemment victimes tant sur le plan social que
professionnel. A ce jour, moins d’une cinquantaine d’opérations sont pratiquées
chaque année en France,
Des conditions requises pour un changement de
l'état civil
Art 1 : Le trouble
de l'identité de genre également appelé dysphorie de genre doit avoir été
constaté par des médecins librement choisis par la personne concernée. Ce constat
est établi sous la forme d'un rapport
médical qui attestera du bien fondé et de la persistance de la demande ainsi
que du consentement éclairé de (ou de la) patient(e).
Art 2 : Le ou la
patient(e) doit justifier avoir été traitée médicalement pendant une durée suffisante
pour adapter ses caractéristiques physiques à celles du sexe réclamé au moyen d'un certificat médical
établi par les médecins librement choisis par la personne concernée.
Art 3 : La
chirurgie de réassignation sexuelle n'est pas une condition obligatoire de la
modification de l'état civil. Si l'état psychologique ou la santé de la personne
souffrant de troubles de l'identité de genre ne permet pas sa réalisation,
les
traitements de modification de l'apparence physique devront être adaptés à
l'état de santé du patient.
Art 4 : Les services de l'état civil des
mairies auront pour charge la gestion des changements d'état civil pour
transsexualisme. Ces procédures sont
supervisées par le Juge aux Affaires Familiales et visées par le Procureur du
TGI dans le ressort duquel se trouve la commune où a lieu un changement d'état
civil. La requête doit être traitée dans les deux mois qui suivent le dépôt de
la demande. Ce délai de deux mois écoulé, la procédure sera présumée acceptée
par les services de l’état-civil. En cas de litige, le Juge aux Affaires
Familiales du TGI peut être saisi, le ou la réquérante pourra alors bénéficier
d’un aide juridictionnelle sans conditions de ressources conformément à
l’article 3 de la loi N° 91-647 du 10 Juillet 1991. La décision de ce dernier
est susceptible d'appel et de pourvoi en cassation. Si un expert est commis
d'office par le Juge aux Affaires Familiales ou sur demande du Ministère
Public, la rémunération de ce dernier sera à la charge du Trésor. Le médecin
choisi librement par le requérant désigne conjointement avec le Juge aux
Affaires Familiales le dit expert.
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